Centre culturel/complexe culturel

GAITE-LYRIQUE – REVOLUTIONS NUMERIQUES

Square Papin
75003 Paris

Image 1
© Jean Harixcalde

DESCRIPTIF

Reconversion de l’ancien théâtre de la Gaîté-Lyrique en espace dédié aux cultures numériques.
Grande salle : 300 places assises / 750 places debout, Petite salle : 100 places, auditorium : 130 places

PARTI ARCHITECTURAL

Le théâtre de la Gaîté Lyrique est un lieu définitivement attachant qui a vécu des cycles de vies étonnants et inattendus, au grès des époques et des rêves de ses propriétaires…J’en retiendrais certains qui m’ont marquée et qui ont participé au façonnement du projet.

Construit au XIXème siècle, le théâtre a été un lieu magnifique, avec une des plus grandes salles à l’italienne de Paris. Offenbach y a joué, entre autres artistes…
Transformé, ou plutôt démoli en 1987, il ne restait que deux beaux espaces lorsque j’ai découvert ce lieu pour la première fois en 2003. La salle à l’italienne avait disparu, le foyer historique et le vestibule avaient été détournés insidieusement de leurs décors d’origine, trahis par des couleurs et des sculptures vulgaires qui leurs donnaient une fausse impression Dix-neuvième …
En réalité, lorsque je l’ai découvert, le bâtiment sortait d’un rêve qui était plutôt un cauchemar… En 1987, il avait été décidé qu’il deviendrait un parc d’attraction pour enfants appelé « Planète magique », une accumulation inouïe de décors monumentaux, mêlant tour à tour dragons reconstitués, fusées années 80, planète Barbie, jeux de pistes chez les Incas…Une sorte de « Dysneyland low tech » en plein Paris…
J’ai été profondément touchée et émue par ces premières visites, par la découverte de ce lieu totalement défiguré, puis oublié : il en restait cette accumulation improbable, vide et silencieuse, un trou noir au milieu de la ville…Le bâtiment était comme un être vivant, dans le coma depuis 14 années, depuis la fermeture intervenue à peine quelques semaine après l’ouverture de cette « Planète magique »…

En 2003, le concours lancé par la Ville de Paris portait sur le souhait de créer un lieu dédié aux musiques actuelles et aux arts numériques. L’objectif était d’imaginer, avant tout projet architectural, une programmation détaillée en adéquation avec ces premières intentions de la ville, mais aussi avec les possibilités spatiales du bâtiment.
Pour moi, la transformation de ce bâtiment en un lieu dédié aux cultures numériques était une évidence : c’est un lieu de rêve pour un tel projet. La Gaîté Lyrique est déjà un lieu rempli d’une grande modernité artistique, fait de ces passés divers et de ces accumulations, où tous les recyclages sont possibles.

Lorsque nous avons été lauréats, nous l’étions avec un double projet : programmatique et architectural. Nous souhaitions créer un lieu ouvert à toutes les pratiques artistiques actuelles autour du numérique : Du sonore au visuel, en passant par le spectacle vivant, sans aucun cloisonnement. Nous souhaitions également que le lieu soit ouvert tout autant aux artistes qu’aux publics, un lieu où création et diffusion puissent être intimement mêlés, dans une dimension qui n’oublie pas d’être festive…

Pour permettre à tous ces enjeux de prendre forme, notre objectif a été de créer un lieu « permissif » qui assume l’aléatoire et l’inattendu, un lieu qui définisse sans tout prédéfinir, qui permette une rencontre fusionnelle et non cloisonnée entre les arts numériques et les musiques actuelles, entre toutes les cultures numériques quelques quelle soient, et enfin un lieu qui s’ouvre à de nouveaux principes de rencontre publics – artistes.


Le projet s’est organisé autour de plusieurs grands principes qui l’ont structuré :


Un principe structurel et phonique de « boite dans la boite » :

Le projet est aussi, et même avant tout, un projet très technique : permettre à tous ces enjeux architecturaux et programmatiques de prendre forme a nécessité tout d‘abord la création d’un projet technique très complexe.
Tout d’abord nous avons créé une très forte protection sonore vis à vis de l’environnement du bâtiment, composé par plus d’une centaine de logements quasi mitoyens à notre volume bâti. Le projet est conçu avec un principe de « boites dans la boite », à l’image des poupées russes, qui isolent progressivement les différents espaces, jusqu’à envelopper en son cœur les trois espaces les plus « sonores », dont la grande salle.
Ce sont ainsi trois enveloppes successives qui s’imbriquent les unes dans les autres pour fabriquer une isolation acoustique de plus en plus performante lorsqu’on va vers le centre du bâtiment.
Ente les deux premières enveloppes se situent tous les espaces servants du projet dont les circulations verticales.

Il y avait de telles envies dans notre projet, et de telles ambitions de montrer et de faire partager ces nouvelle pratiques artistiques, que les m2 de notre programme ne « rentraient » pas dans le volume bâti existant…Le projet s’est donc mis en place autour d’un principe de « foisonnement » des fonctions, permettant à chacune de se développer parfois au détriment de l’autre, pour une certaine période…l’architecture du projet s’est mise au diapason de ces mutations possibles et de cette grande flexibilité nécessaire. Le choix s’est par exemple très vite porté sur la création de circulations verticales uniquement fonctionnelles et non pas « d’apparat » : aucun escalier ne vient couper les espaces des plateaux, sauf celui disposé entre le rez de chaussée et le premier étage. Tous les autre plateaux sont d’une taille maximum, permettant justement le déploiement total et sans obstacles, des publics, des artistes et des œuvres…


Une fois ces éléments d’accompagnement rationalisés et ces deux premières enveloppes phoniques réalisées, le projet s’est développé autour de deux types d’espaces :

Des lieux de présentation :

Ce sont les trois volumes majeurs de présentation du projet, qui sont situés au cœur du bâtiment : La grande salle, la petite salle et l’auditorium.
Les lieux de création et de diffusion qu’ils délimitent peuvent se plier, dans des proportions différentes, à toutes les mises en son, en image ou en scène. La grande et la petite salle sont conçus là encore comme des doubles enveloppes, définissant des lieux non orientés ne prédéterminant pas le rapport acteur-spectateur, et autorisant ainsi de nouvelles formes d’expérimentation.

La grande salle permet plusieurs principes de rapport public – artistes : équipée de gradins télescopiques, elle peut accueillir 308 places assises, ou bien 150 places assis et 400 à 500 places debout, en milieu de salle. Les gradins peuvent être également totalement repliés sur le coté, laissant ainsi le volume entier dédié au public et aux artistes, soit environs 750 places debout. Dans ce cas, elle est non orientée, permettant tout type de spectacle, et toutes formes de scène.
Les faces latérales suivent ces différentes installations de scènes et de publics : un principe d’écrans blancs fixés à chaque niveau de passerelle peut être le support de nombreuses projections, sur toute ou partie des parois.
Quatre immenses écrans polichinelles, de la taille des parois, peuvent également être fixés sur les quatre faces de la salle, et par leur grande surface, permettre l’immersion totale du public.
La salle peut être plongée dans le noir lorsque les écrans sont repliés, ou bien plongée dans un univers de projections lorsque les écrans sont déployés.
Coté extérieur, elle est revêtue de panneaux en miroir, qui la rende visible et repérable, et qui créent un jeu de reflets certainement propices à des œuvres d’art...

La petite salle est un lieu plus intime, qui peut venir compléter les espaces d’exposition ou bien vivre de manière indépendante pour une installation sonore et visuelle particulière. Elle est un espace totalement non orienté. Les parois latérales sont démontables, le sol est constitué de plateaux eux aussi mobiles, qui peuvent être fixés à différente hauteurs, pour fabriquer différentes scènes, estrades, gradins…
Cet espace joue sur des tons de gris, pour se prêter plus délicatement aux installations des artistes.

L’auditorium, un petit écrin tout de jaune vêtu, possède 130 places assises fixes, une régie de projection avec un écran de 5 mètres en bas de salle. Relié aux niveaux –1 et rez de chaussée, il peut s’envisager parfois comme un lieu à part, détaché des autres espaces du projet et accessible directement depuis la rue Papin.



Les espaces de respiration :

Autour de ces contours structurants dans le projet, le programme est constitué d’espaces plus flexibles qui nécessitent une certaine permissivité : Il s’agit entre autres de l’accueil, des expositions, du café, des foyers, du centre de ressources, de l’espace de jeux vidéo, des lieux dédiés aux artistes...

Nous avons estimé qu’aucun de ces espaces ne peut rester figé. Il doit pouvoir évoluer dans le temps, changer d’ambiance et de fonction, être le plus flexible possible :
Les expositions doivent pouvoir aller à l’assaut du centre de ressources pour célébrer un artiste particulièrement prolifique, le centre de ressources doit pouvoir s’échapper de ses limites, se diluer dans l’ensemble du bâtiment et ainsi être consultable depuis l’ensemble des autres espaces, les foyers doivent pouvoir se déplacer en fonction de la vie des salles et des spectacles, et quelques artistes pourquoi pas, pourraient s’approprier l’ensemble du bâtiment pour leur travail sur une œuvre géante et dévorante…En fonction de la programmation, les loges des artistes doivent pouvoir se mouvoir du niveau 2 vers le niveau 4, l’administration et ses bureaux mobiles doivent pouvoir se déplacer en fonction des besoins du moment…et les « cafés » également mobiles doivent pouvoir désaltérer là où on en a besoin…

Ainsi, ces espaces de respiration sont constitués, par complémentarité aux « boites de présentation », de plateaux libres qui se glissent entre les niveaux existants, suivant un long « continuum » de surfaces où les éléments du programme peuvent se mouvoir, se rencontrer, se mixer, ou au contraire se cloisonner.
Ces plateaux sont identiques d’un niveau à l’autre, et possèdent des plafonds « techniques » permettant toutes ces flexibilités évoquées plus haut : ils peuvent devenir, entre autre et sur tous les niveaux, de véritables lieux d’expositions et d’installations, où que l’on soit dans le bâtiment, et se prêter à toutes les autres fonctions.


Les « éclaireuses » :

Sur ce terrain de jeu ainsi défini, il restait à trouver la vraie mobilité, celle qui permettra ce renouvellement évoqué plus haut : Nous avons imaginé de petits modules mobiles, que nous avons appelé des « éclaireuses », avec l’idée qu’elles amènent la vie et complètent les fonctions sur chaque niveau. Ces petits modules, concentrés de techniques, sont dédiés aux artistes ou au public, à la création, ou à la présentation : Ils permettent de fabriquer puis dé-fabriquer une multitude de scénographies au rythme de la vie du lieu…
Ainsi, tantôt loges, bureaux, annexes techniques, résidences d’artistes, espaces dédiés à des installations, dédiés aux chercheurs dans la centre de ressources, elles permettent de rendre réversible et de mettre à jour continuellement les espaces de respiration.


De petits mobiliers qui se promènent……et accompagnent les publics :

Ces petits mobiliers s’attachent en grappes pour former des assises, quelques banques d’accueil, quelques bars…ils s’égrènent le long des lieux publics pour les accompagner, et, habillés de résine translucide, ils offrent de petits compléments lumineux dans certains espaces lorsqu’ils seront investis par des œuvres numériques nécessitant un peu de pénombre. Leur forme en dodécaèdre leur permet de multiples assemblages en grappes.
Ils se sont également échappés dans le foyer historique où, en complément d’une restauration méticuleuse et précieuse des magnifiques décors historiques, ils créent une mise en résonance de ces décors avec notre époque.

INTERVENANTS

Maitrise d'ouvrage

VILLE DE PARIS
(75004)

Autres intervenants de la Maîtrise d'ouvrage :

Gaïté Lyrique | délégation de service public | Paris

Equipe de la maitrise d'œuvre

Mandataire :

Manuelle Gautrand
architecte
Paris (75012)

Données techniques


Surfaces SHON: 9.500 m²,

Réalisations

Centre culturel/complexe culturel

GAITE-LYRIQUE – REVOLUTIONS NUMERIQUES

Square Papin
75003 Paris

Date de livraison :
Fevrier 2011

Coûts des travaux :
63 millions d’euros TTC

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